JOHN LYDON & LES SEX PISTOLS : PROLÉTAIRES EN HAUTE COUTURE

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John ‘Johnny Rotten’ Lydon, Sex Pistols (source: inconnue)

Cela fait trois ans que j’ai terminé la fac, mais mon sujet de master m’intéresse toujours. Je partage donc aujourd’hui ce que j’ai écrit sur la présentation de soi dans le milieu du rock. Premier extrait, premier article d’analyse sur le blog, mais sans doute pas le dernier. Viens, on va parler punk, Sex Pistols et mode, un peu.

« Une révolution peut-elle naître dans un magasin de vêtement de King’s Road ? » – Barry Miles[1]

On ne peut pas parler de punk sans parler des Sex Pistols. Et on ne peut pas parler des Sex Pistols sans parler de leur leader, John « Johnny Rotten » Lydon. On ne peut pas non plus passer sous silence les groupes des Ramones et des New York Dolls, et le dénominateur commun : Malcolm McLaren.

« Les Ramones ont inventé le son du Punk. » Marco Pirroni[2]

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The Ramones (source: inconnue)

« Les Ramones ne sont pas des punks – ils sont les Ramones. » Chris Sullivan[3]

En 1976, les Ramones jouent de plus en plus dans les salles de New York, et notamment au fameux CBGB. Les New York Dolls, comme Iggy Pop et les Stooges, étaient déjà sur le devant de la scène américaine depuis 1973. McLaren tente d’être le manager des New York Dolls, sans grand succès. Il rentre en Angleterre mais aura quand même passé du temps au CBGB. Il continuera les allers-retours entre Londres et New York tout en gardant, avec sa femme de l’époque, l’ex-institutrice Vivienne Westwood, leur boutique sur King’s Road, épicentre du séisme à venir.

« On peut noter des parallèles amusants entre ‘Bazaar’ de Mary Quant et ‘SeditionarIes’ (alias ‘SEX’ et ‘Too Fast to Live Too Young to Die’) de Vivienne Westwood, entre l’associé de Quant qui a pris en main le Chas McDevitt Skiffle Group et celui de Westwood qui s’est occupé des Sex Pistols : dans les deux cas, il s’agit d’une musique prolo et bricolée dont l’influence a été décisive et qui est née dans une boutique de King’s Road. »[4]

Alors qui est John Lydon, d’où vient-il et pourquoi a-t-il fait partie des Sex Pistols ? Né à Londres en 1958, de parents immigrés Irlandais, il grandit dans le quartier de Finsbury, près du stade de foot[5]. Il décrit l’endroit dans lequel il a grandi comme « un taudis, sans eau courante, avec des rats »[6]. Un milieu assez pauvre, prolétaire. Il ajoute avoir été un enfant difficile. Il a en effet rencontré Sid Vicious (qui deviendra par la suite bassiste charismatique mais sans technique du groupe) « dans un établissement scolaire pour enfants difficiles. »[7] Tous les deux partageaient des liens très particuliers avec leurs mères, quoique radicalement opposés. En effet la mère de Vicious était héroïnomane alors que celle de Lydon a pris le temps de l’instruire elle-même après la maladie de son fils.[8] Il va sans dire qu’en grandissant et en traînant à King’s Road, John Lydon faisait partie des marginaux. Les cheveux teints en vert et un T-shirt marqué de la phrase « I Hate Pink Floyd » voilà ce qui le fera remarquer par McLaren.

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Steve Jones, Alan Jones (with unknown companion), Chrissie Hynde, Jordan and Westwood at Sex, 1976 (© DAVID DAGLEY/REX/Shutterstock)

En s’étant déjà occupé des New York Dolls, McLaren voyait en Lydon et les autres un moyen de faire vendre les vêtements de la boutique de King’s Road avant tout. Les New York Dolls, fans des Stones, étaient très outranciers et provocateurs, à la limite du glam rock et Johnny Thunders une vraie tête brûlée. Les similitudes entres les deux groupes sont nombreuses.

« Je ne suis que le médium d’une rage accumulée depuis des siècles par des millions d’individus oppressés socialement et mutilés émotionnellement. Mais cette colère, je l’ai exprimée sans actes de violence, seulement avec des mots. Mes mots sont mes balles. »[9]

Pour John Lydon, le contexte sociopolitique dans lequel il a grandi est indissociable de sa musique et de son parcours. Les différentes guerres, combats sociaux et autres révolutions que les hippies essayaient de combattre pacifiquement, les amateurs de rock un peu plus violent, du hard rock au heavy metal, ont changé radicalement d’image mais pas d’opinion.

Les textes de Lydon, comme God Save The Queen, sont témoins d’une époque et d’une société particulière. Le punk est pourtant un média et un genre qui se retrouve ailleurs, dans d’autres contextes. Loin d’être le premier punk, Lydon et les Pistols incarnent une sorte d’idéal, de stéréotype fort, qui, dans l’imaginaire collectif, défini le punk dans sa totalité, occultant beaucoup de points de ce genre et mouvement, sans le dénaturer complètement pour autant.

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John ‘Johnny Rotten’ Lydon (source: inconnue)

Ainsi, parce que Sid Vicious a porté un t-shirt marqué d’une croix gammée, il est nazi : comme pour le métal, c’est une provocation pure et simple, probablement pas son idéologie. Ce n’est pas le seul t-shirt qui fera parler les médias puisque les créations de Westwood se trouvent régulièrement censurées. Exemple marquant : le t-shirt cow-boy où deux cow-boys sont face à face, presque complètement nus : ils gardent bottes et stetson. Autre exemple : le t-shirt du violeur de Cambridge. Et bien sûr avec ça tout ce qui concerne le sadomasochisme. Aujourd’hui les créations de Westwood sont plus sobres et surtout certaines pièces sont considérées comme pièces importantes de la haute couture, puisqu’elle fait maintenant partie de cette catégorie de couturiers et créateurs. Ainsi les Sex Pistols portaient de la haute couture avant qu’elle ne soit cataloguée comme telle.

« La raison d’être de SEX c’était de faire tomber les tabous et, quand on y pense, ça a vraiment réussi. Jamais il n’y avait eu auparavant de vêtements aussi provocants – des vêtements qui changeaient effectivement la façon de voir les choses. » Marco Pirroni[10]

Parce que John Lydon s’est plusieurs fois retrouvé à se battre en concert, les punks sont tous violents : la violence est présente dans la musique et dans les textes, voire sur scène avec certains groupes, mais Lydon n’est pas une juste représentation. Il représente une partie de la mouvance punk. On peut voir les Ramones comme contre exemple de cette violence et pourtant les deux sont bien des groupes punks. La généralisation dans un sens comme dans l’autre ne fonctionne pas. Tout est histoire de contexte. De même, tous les prolétaires ne sont pas punks et tous les punks ne sont pas prolétaires.


[1] MILES Barry, Ici Londres! Une histoire de l'underground Londonien depuis 1945, Rivages Rouge, 2014, p. 194
[2] COLEGRAVE Stephen & SULLIVAN Chris (trad. PARINGAUX Philippe), PUNK, Hors Limites, Seuil, 2002, p. 212
[3] Ibid.
[4] MILES Barry, Ici Londres! Une histoire de l'underground Londonien depuis 1945, Rivages Rouge, 2014, p. 194
[5] DORDOR Francis, « John Lydon de PiL », Les Inrocks [en ligne], 21 novembre 2013, [consulté le 6 juin 2016], disponible sur http://www.lesinrocks.com/2013/11/21/musique/john-lydon-de-pil-punk-europunk-la-colere-comme-combustible-11442773/
[6] CASSAVETTI Hugo, « Johnny Rotten : ‘En tant que roi du punk je décrète cette loi : le punk n’a pas besoin de roi.’ », Télérama [en ligne], 13 juillet 2013, [consulté le 6 juin 2016], disponible sur http://www.telerama.fr/musique/johnny-rotten-en-tant-que-roi-du-punk-je-decrete-cette-loi-le-punk-n-a-pas-besoin-de-roi,100075.php
[7] Ibid.
[8] Ibid.
[9] DORDOR Francis, « John Lydon de PiL », Les Inrocks [en ligne], 21 novembre 2013, [consulté le 6 juin 2016], disponible sur http://www.lesinrocks.com/2013/11/21/musique/john-lydon-de-pil-punk-europunk-la-colere-comme-combustible-11442773/
[10] COLEGRAVE Stephen & SULLIVAN Chris (trad. PARINGAUX Philippe), PUNK, Hors Limites, Seuil, 2002, p. 126

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